Les anarchistes rejettent en général la conception courante de l'anarchie (utilisée dans le langage courant, par les médias et les pouvoirs politiques).
Pour eux, au contraire, l'ordre naît de la liberté, tandis que les pouvoirs engendrent le désordre .
Certains anarchistes useront du terme acratie, du grec « kratos » (le pouvoir) donc littéralement « absence de pouvoir », plutôt que du terme « anarchie », d'étymologie grecque lui aussi, qui leur semble devenu ambigu, porteur d'un aspect positif mais d'une trop grande connotation négative pour pouvoir être employé comme synonyme d'un objectif désirable.
De même, certains anarchistes auront plutôt tendance à utiliser le terme de « libertaires » pour se désigner, ou indifféremment ceux de « fédéralistes », « anti-étatistes » ou « anti-autoritaires ».
Il est arrivé à Bakounine lui-même d'utiliser « anarchie » au sens de désordre, et l'on retrouve cette acception dans les écrits du Comité central de l'Internationale genevoise.
L'anarchie, société libertaire
Cependant, les anarchistes utilisent encore le terme, porteur d'une histoire indissociable d'autres notions qui s'y rattachent comme l'anarchisme ou l'anarchie positive de Proudhon (qui est d'ailleurs le premier à donner un sens précis au mot anarchie, utilisé auparavant en guise d'insulte dans les milieux politiques sans avoir jamais été véritablement défini).
L'anarchie aux yeux des anarchistes n'est pas un chaos, mais la situation harmonieuse résultant de l'abolition de l'État et de toutes les formes de l'exploitation de l'homme par l'homme,
« c'est l'ordre sans le pouvoir », « la plus haute expression de l'ordre » .
Basée sur l'égalité entre les individus, l'association libre, bien souvent la fédération et l'autogestion, voire pour certains le collectivisme, l'anarchie est donc organisée, structurée.
On peut noter que chez tous les anarchistes la qualité indispensable est la responsabilité individuelle (associé au droit naturel) qui permet d'agir dans l'intérêt personnel sans pour autant attenter à la liberté des autres.
Les seuls mandatés le sont, par volontarisme et sans durée précise, dans un but et sur un mandat précis, et il n'existe ainsi nulle forme de domination ni de gouvernement.
Vers une société anarchiste
Le rejet des contraintes qui entravent l'individu, dans ses désirs ou ses besoins, aboutit à une remise en cause des institutions qui ont été créées, selon les anarchistes, afin de perpétuer ces contraintes.
L'État, le Capital, l'Armée et l'Église font parties de ces institutions que les anarchistes essaient de combattre (voire d'abattre).
Ce combat contre l'autorité prend souvent la forme d'une action directe, étrangère aux formes traditionnelles de la lutte politique.
En fait, les systèmes politiques contemporains étant très souvent dotés d'un pouvoir centralisé, le passage à l'anarchisme implique un changement radical.
C'est pourquoi les anarchistes proposent l'abolition de ce système par différents moyens : désobéissance civile, grève, résistance passive ou résistance active, hacktivisme, obstructionnisme, etc.
Certains anarchistes considèrent qu'il faut préparer l'avènement d'une révolution sociale radicale (le recours aux armes pouvant être aussi parfois nécessaire pour se défendre contre un système oppressif, qui lui n'acceptera pas le droit aux individus de s'organiser afin de déterminer par eux-mêmes leurs libertés), afin de laisser les sociétés s'organiser sans maîtres et selon leurs besoins et désirs ; d'autres estiment qu'une révolution non violente est possible, avec une extinction progressive des pouvoirs.